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Title: Penser sans habiter : des philosophes sans logis en Grèce ancienne
Description: Dans la pensée grecque, l’οἶκος, « la maison », est le fondement de la vie politique et économique de la cité. Un homme sans foyer perd ses droits civiques et, plus grave, sa τιμή, c’est-à-dire son « honneur », sa « respectabilité ». Un Spartiate sans foyer ne peut pas combattre pour défendre sa patrie. Plus largement, la parole d’un sans-logis en Grèce ancienne ne se voit accorder aucune valeur car on considère que l’exigence de satisfaire certains besoins vitaux peut le pousser à mentir (Homère, Odyssée, XIV, 124-127). Plus largement, la maison sert de modèle pour concevoir la gestion d’une cité : Platon, dans Le Politique (259b), ne conçoit l’activité de gouverner que comme la gestion à grande échelle d’un bon père de famille sur son domaine. C’est dire si la maison est le fondement de la cité grecque. Pourtant, comme le note Hannah Arendt dans La Condition de l’Homme moderne, la vie du foyer, asservie par la nécessité de la vie biologique et les tâches domestiques (préparer à manger, éduquer ses enfants, se laver, faire le ménage), semble peu enviable, au contraire de la vie de la cité, domaine où l’on peut exercer sa pleine et entière liberté. C’est pourquoi certains philosophes ont voulu s’affranchir du carcan de la vie domestique, quitter le foyer, mettre la clef sous la porte, pour définir un autre rapport au monde, à la cité et aux autres. C’est le cas des sophistes, qui voient dans leur errance de conférenciers itinérants un moyen d’accéder à une forme de savoir et d’élargir les horizons. Ce modèle de vie est poussé à l’extrême par les cyniques, qui refusent toute forme de domiciliation, et voient dans leur vie de mendiant un moyen de devenir κοσμοπολίτης, « citoyens du monde », et de proposer ainsi un nouveau pacte politique et une nouvelle manière de voir le monde.
Le but de cet atelier sera d’explorer certaines considérations des Grecs de l’Antiquité pour éclairer des problématiques actuelles : pourquoi ne donne-t-on pas le droit de vote aux sans-abris dans certains pays ? Gérer une maison de manière démocratique est-il une utopie ? Un bon politique est-il seulement un bon gestionnaire ? Le politique a-t-il son mot à dire sur ce qui se passe dans la sphère privée ?
Speaker: Ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Paris, professeur agrégée de Lettres classiques et docteur en Littérature grecque ancienne de Sorbonne Université, j’enseigne à l’École européenne de Bruxelles IV depuis 2018. Mes recherches portent sur le rapport entre la littérature et son contexte politico-social durant l’Antiquité grecque. Ma thèse de doctorat portait sur le mendiant et la mendicité dans la littérature grecque archaïque et classique. Actuellement, je m’intéresse au lexique politique chez Homère et à la façon dont il a évolué au fur et à mesure de la naissance de la cité grecque à l’époque archaïque.